Le statut du Prophète dans nos vies et notre relation avec lui suscite nombre de questions. On m’en a posé plusieurs qu’on pourrait synthétiser ainsi :

L’amour pour le Prophète (que Dieu le salue) est-il ou non un acte d’adoration de Dieu ?

Si tel est le cas, quel doit être le statut ou le rang de cet acte d’adoration ?

De plus, quels sont les arguments qui incitent le musulman à aimer le Prophète (que Dieu le salue) ?

Et enfin, comment suivre l’exemple du Prophète (que Dieu le salue) ?

Aimer le Prophète (que Dieu le salue) est certes une obligation, car il a dit : « Aucun de vous ne sera un parfait croyant jusqu'à ce que je sois pour lui plus aimé que ses parents, ses enfants, et toute l’humanité. » [Bukhârî et Muslim]

D’ailleurs, ‘Umar ibn al-Khattâb a dit au Prophète (que Dieu le salue) : « Messager d’Allah, je t’aime plus que tout, excepté mes enfants et ma propre personne. » Le Prophète (que Dieu le salue) lui dit alors : « Pas encore, ‘Umar. » (C’est-à-dire : « Tu n’as pas encore atteint le sommet de la foi. ») Alors ‘Umar répliqua : « Certainement je t’aime plus que moi-même et mes enfants, Messager d’Allah ». Le Prophète répondit alors : « Maintenant, ‘Umar ! » (C’est-à-dire : « Maintenant, ‘Umar, tu as atteint une foi complète. ») [Bukhârî]

On ne peut aimer quelqu’un sans le connaître mais comment apprendre du Prophète (que Dieu le salue) alors qu’il n’est pas parmi nous aujourd’hui ? Le seul moyen est d’étudier et d’apprendre sa vie. Si nous ignorons sa vie, notre amour pour lui sera basé sur des fondements fragiles qui tomberont tôt ou tard. Par contre, s’il est basé sur la connaissance et l’étude de sa vie, alors notre amour pour lui sera fort et durable. Ainsi l’étude de la Sîra (la vie du Prophète) est-elle notre voie pour aimer le Prophète (que Dieu le salue) et consolider cet amour dans notre cœur.Néanmoins, cet amour a un prix : suivre l’exemple du Prophète (que Dieu le salue) dans notre vie. Et le suivre permettra d’atteindre l’amour d’Allah comme le Très-Haut nous l’enseigne dans le Coran :

« Dis (ô Muhammad), si vous aimez véritablement Allah, alors suivez-moi et Allah vous aimera… » [Coran 3/31]

Et on ne peut prétendre suivre le Prophète (que Dieu le salue) sans :

1. un retour sincère vers Allah.

2. s’efforcer de s’imprégner de sa Sunna (tradition prophétique).

3. agir selon sa Sunna de la meilleure façon possible.

Mais ces objectifs ne peuvent être atteints sans connaître la Sunna et celle-ci a des piliers qui sont au nombre de cinq :

1. les caractéristiques physiques du Prophète.

2. ses caractéristiques morales et éthiques.

3. ses approbations

4. ses actions

5. ses propos

Aujourd’hui, personne ne peut prétendre méconnaître ces piliers. Tous ont été rapportés et transmis et ils sont bien connus. Lorsque les musulmans ont rapporté et transmis ces détails de la vie du Prophète (que Dieu le salue), c’était dans le but de transmettre la religion d’Allah, et pas seulement de diffuser la vie d’un homme ou d’en faire sa promotion.

D’ailleurs, le fait d’attribuer faussement quelque chose au Prophète (que Dieu le salue) fait partie des plus grands péchés, même si on le fait dans l’intention de le servir, car le Prophète (que Dieu le salue) a dit : « Quiconque ment volontairement sur moi, alors qu’il prenne place en Enfer. » [Bukhârî et Muslim]

Ce principe d’interdire tout mensonge à l’égard du Prophète (que Dieu le salue) ne souffre aucun doute, il est donc incontestable (qat‘î) dans la croyance musulmane, étant donné que son récit provient de plusieurs chaînes de transmissions (mutawâtira) tant au niveau de l’esprit que celui de la lettre.

En outre, il était interdit au Prophète (que Dieu le salue) de dissimuler quelque chose qu’Allah lui avait ordonné de révéler, même si la révélation pouvait occasionner une gêne au Prophète (que Dieu le salue). Allah dit dans le Coran : « Et s’il Nous avait attribué de faux propos, Nous l’aurions saisi de la main droite et Nous lui aurions tranché l’aorte, et nul d’entre vous n’aurait pu s’y opposer. C’est en vérité un rappel pour les pieux. Et Nous savons qu’il y en a parmi vous qui le traitent de menteur ; mais en vérité ce sera un sujet de regret pour les dénégateurs, c’est là la véritable certitude. Glorifie donc le Nom de ton Seigneur, le très Grand ! » (Coran al-Hâqqa 69/44-52)

Nombre de récits décrivent la vie du Prophète (que Dieu le salue) dans chaque situation et dans chaque fonction : celle d’un mari, d’un père et d’un grand-père ; d’un juge et d’un chef des armés ; celle d’un leader politique et d’un chef d’État ; celle d’un professeur et d’un guide, d’un commerçant et d’un ascète. Ceci reflète le statut particulier du sceau des prophètes qui était et est toujours un exemple dans les différents domaines de la vie. Nous savons que certains prophètes n’ont jamais eu ni épouse ni enfant, d’autres n’ont jamais connu la guerre ni dirigé un pays, ne connaissant donc rien à ces fonctions. Par contre, il y a dans la vie de notre noble Prophète tous les ingrédients pour suivre la voie droite, et ce, quelle que soit notre condition. Il n’y a donc ni guide ni modèle plus parfait que lui et cet exemple de vie a été transmis au fil des générations.

Cette transmission s’est répandue à travers l’histoire des musulmans comme la science de la Sîra. Leur souci était de la transmettre fidèlement. Ainsi ont-ils rassemblé tous les récits qu’ils ont pu recueillir sur sa vie. Ensuite, ils ont développé des règles visant à accepter ou rejeter ces récits. Ces règles seront plus tard connues sous le nom de « science des chaînes de narration et de la critique des textes » (‘ulûm al-isnâd wa naqd al-mutûn).

Nous savons, toutefois, que tout ce qui est attribué au Prophète (que Dieu le salue) n’est pas nécessairement accepté de façon incontestable. Au contraire, notre devoir est, comme les premières générations l’ont fait, de comprendre ces récits dans leur contexte et de les juger à la lumière de cette méthodologie rigoureuse. C’est pourquoi les livres de Sîra ne doivent pas être vus comme des sources dont on déduit des règles religieuses (ahkâm) sans se référer aux autres compilations de hadîths. Les Sîra d’Ibn Hishâm ou d’Ibn Ishâq n’ont donc pas le même degré d’authenticité que les Sahîh de Bukhârî ou de Muslim. Ces derniers sont communément reconnus plus authentiques. L’imam Tabarî – qu’Allah soit satisfait de lui – a fait en cela un travail remarquable : avec une honnêteté vérifiée et incontestable, il a rapporté des événements de la vie du Prophète (que Dieu le salue) avec toutes leurs chaînes de narration.

Si les anciennes générations ont fait leur devoir, nous avons, nous aussi, le nôtre car la Sîra et le Prophète ont des droits sur nous qui sont :

1. étudier la Sîra

2. enseigner la Sîra aux autres

3. agir selon la Sunna, comme Allah le dit : « Prenez ce que le Messager vous donne ; et ce qu’il vous interdit, alors renoncez-y. » [Coran 59/7]

4. protéger la Sîra de tout ajout, soustraction ou falsification.

5. connaître la valeur de la vie du Prophète (que Dieu le salue), et de ses Compagnons.

6. défendre le Prophète (que Dieu le salue). Il faut mentionner ici que peu importe le nombre de musulmans qui négligent la défense du Prophète (que Dieu le salue), car Allah a entrepris la tâche de le protéger, lui et son nom, jusqu’au Jour du Jugement. A contrario, ceux qui se déchargent de cela endosseront le statut de pécheur. Dieu n’a-t-Il pas dit : « Si vous ne lui prêtez pas assistance, Dieu lui a déjà prêté la Sienne. » [Coran 9/40]

Ceux qui apportent leur soutien et qui protègent l’honneur et le nom du Prophète (que Dieu le salue) doivent le faire dans les limites instaurées par Allah. Il est rapporté dans un hadith que certains juifs, en passant près du Prophète (que Dieu le salue), disaient : « As-sâmu ‘alayk ». As-sâm signifie destruction. ‘Âïsha, qui saisissait le sens de leurs propos leur répondait : « Et que vous soyez maudits ! » Cependant, le Prophète (que Dieu le salue) interdit à ‘Âïsha de prononcer de telles paroles et lui dit de leur répondre seulement : « Et de même pour vous. » [Bukhârî]

Enfin, voici quelques conseils pratiques qui permettront au musulman et à la musulmane d’apprendre à connaître la vie de notre noble Prophète, d’apprendre à l’aimer, à reproduire son exemple et à le faire vivre dans leur cœur et à travers leur comportement :

1. Lire un livre, même un résumé, sur la Sîra du Prophète (que Dieu le salue), par exemple Le Nectar Cacheté d’al-Mubârakfûrî ou Comprendre le Sîra de Muhammad al-Ghazâlî.

2. S’éduquer à vivre selon la Sunna, que ce soit en mangeant ou en buvant, en dormant ou en voyageant, et dans toutes les autres situations et circonstances.

3. Mémoriser quelques-unes de ses invocations authentiques.

4. Prévoir l’accomplissement des rites du hajj et de la ‘umra, car ceci permet de se souvenir du bien-aimé (que Dieu le salue). Il en est de même de la mosquée al-Aqsâ qui est le lieu du voyage nocturne et de l’ascension (al-isrâ’ wa-l-mi’râj) du Prophète (que Dieu le salue).

5. Prononcer constamment les formules de paix et de bénédiction sur le Prophète (que Dieu le salue), autant que possible, surtout dans les moments propices et recommandés comme le vendredi.

6. S’abstenir de donner son opinion avant de connaître celle du Prophète à travers ses paroles (que Dieu le salue), et ne jamais lui attribuer un dire avant d’en vérifier l’authenticité.

7. Connaître les droits de sa famille et de sa lignée. Les honorer, les aimer en respectant leurs places.

8. Apprendre la vie des plus prestigieux Compagnons, tels que les quatre califes et les dix Compagnons promis au Paradis, et se souvenir de leur place.

9. Faire du rappel du Prophète (que Dieu le salue) et de ses Compagnons une priorité perpétuelle. Veiller à donner le nom du Prophète (que Dieu le salue) et de ses Compagnons aux enfants qu’Allah vous accorde comme cadeau, et ne pas en avoir honte ou de ne pas hésiter à le faire, même si l’on pense que ces noms sont trop communs et ne conviennent plus à notre époque.

10. Réfléchir et contribuer avec les autres à la mise en place de projets qui servent la Sîra ou certains de ses aspects, comme par exemple : créer un site Internet de qualité, un cercle pour étudier un livre, ou une association pour publier et organiser des conférences …

Zakaria SEDDIKI