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Série : le prophète Moïse dans le Coran (2)

Série : le prophète Moïse dans le Coran (2)

Le Prophète Moussa dans la sourate n°20 « Ta-Ha » : la rencontre avec Dieu.

La place de la sourate Ta-Ha dans la Révélation

C’est une sourate mecquoise (pré-hégire n°45). Le début de cette sourate est la cause de la conversion de ‘Umar. Elle est révélée après la sourate Maryam (pré-hégire n°44) et avant Al Waqi’ah (pré-hégire n°46). La sourate "Ta-Ha" décrit les trois catégories de gens dans l’au-delà : les rapprochés, les gens de la droite, les gens de la gauche. C’est comme si Dieu montrait aux croyants qui ont vécu le moment de la Révélation les chemins qu’ils pouvaient emprunter et surtout le chemin à prendre pour être parmi les gens du Paradis. Ainsi, la sourate Ta-Ha est une sorte de préparation pour les croyants. La Révélation suit en effet une pédagogie Divine. Le Coran n’a pas été révélé en un bloc mais progressivement, afin de préparer les croyants à chaque étape de cette Révélation. Il est donc important, lorsque nous étudions des passages coraniques, de voir où ils se situent dans l’histoire de la Révélation.

Etude de quelques versets

« Le récit de Moïse t'est-il parvenu ? » (Coran, 20 : 9)

C’est à partir du verset 9 que Dieu parle de Moussa (paix sur lui). Tous les détails du début de sa vie ne sont pas soulignés ici (ils le sont ailleurs – par exemple dans la sourate 28).

Ce récit commence lorsque Moussa (paix sur lui) quitte Madyan avec sa famille. Nous savons qu’il est né en Egypte sous le règne de Pharaon. Ce dernier apprend de ses devins qu'un enfant naîtra du peuple de Banî Isra’îl et le détrônera. Il décide donc d’asservir ce peuple, de tuer tous les enfants mâles une année sur deux et de laisser les femmes en vie. Cependant, Moussa échappera à la mort à sa naissance, car sa mère recevra une inspiration de la part de Dieu de le mettre dans le fleuve du Nil. C’est ainsi qu’il sera sauvé de la mort et qu’il arrivera même dans le palais de Pharaon. Il sera élevé par lui et grandira dans son palais, dans le but de pouvoir éventuellement succéder à Pharaon.

Il est important d’avoir tous ces éléments en tête avant d’entamer le passage de la sourate Ta-Ha car ainsi nous comprendrons mieux la notion du qadar (prédestination) de Dieu. Quand  voit le début de Moussa, placé dans un berceau et laissé dans un fleuve, nous pouvons imaginer qu’il a très peu de chances qu’il survive ! Mais c’est là le début de son histoire et nous nous rendons compte que tout se passe selon une sagesse qui nous échappe.

Lorsqu’il arrive à un âge mature, il assiste à une dispute entre un copte et une personne de son peuple. Il prend la défense de ce dernier et tue le copte. Ensuite, Moussa va entrer dans une période particulière de sa vie. Il va fuir, de crainte d’être puni pour ce meurtre. Il s’en va donc et s’oriente vers la ville de Madyan. Là, il rencontre les deux filles qu’il aide près du puits et se marie avec l’une d’elles. Il restera près de Madyan pendant 8 à 10 ans pour aider son beau-père. Puis, quand leur contrat arrive à terme, Moussa décidera de partir avec sa famille. C’est donc là que commence ce verset 9.

Pourquoi nous arrêter sur ce passage ? Car c’est l'un des rares passages qui parle de sa rencontre avec Dieu de façon aussi détaillée. Or, la rencontre avec Dieu est l'objectif de chaque croyant. Cette rencontre doit être recherchée dans ce monde et dans l'autre. Déjà dans cette vie, nous devons aimer ressentir Sa présence, découvrir la douceur de la foi etc. Nous essaierons de tirer des informations de cette rencontre entre Dieu et le prophète Moussa afin que cela puisse également nous servir dans notre cheminement vers Dieu.

La rencontre avec Dieu

« Lorsqu'il vit du feu, il dit à sa famille : "Restez ici ! Je vois du feu de loin; peut-être vous en apporterai-je un tison, ou trouverai-je auprès du feu de quoi me guider" » (Coran, 20 : 10)

Dans le verset 10, Dieu présente le contexte de cette rencontre : Moussa voit un feu. Quel est le rôle de ce feu ? D’attirer l’attention de Moussa, pour lui transmettre un message.

Moussa voit donc un feu : il aurait pu le voir tout comme il aurait pu ne pas le voir ! Dans notre relation avec Dieu, cela fait référence aux signes que Dieu nous envoie. Les signes sont là, mais il faut essayer d’y être attentifs pour les voir, les remarquer. Ces signes vont être le début de notre rapprochement de Dieu. C’est pour cela que nos maîtres nous disaient : « ifham ‘ani-Llâh », c'est-à-dire « essaie de comprendre ce que Dieu veut de toi ». Rien de ce qui se passe dans le courant de notre existence, depuis notre naissance jusqu’à notre mort, ne se passe au hasard ! Cela parce que Dieu est Al Hakim, le Sage : tout ce qu’Il fait est donc du fait de Sa sagesse. C’est pourquoi nous devons essayer de comprendre les raisons pour lesquelles nous sommes dans telle ou telle situation. Chacun d’entre nous a eu à un instant de sa vie un événement particulier qui a soit changé notre vie, ou l’a bouleversé, l’a amélioré etc. Le tout est d’être attentif à ces événements, qui sont des signes que Dieu nous envoie pour nous rapprocher de Lui.

Un échange intense

« Puis, lorsqu'il y arriva, il fut interpellé : "ô Moussa ! » (Coran, 20 : 11)

Le fait que Dieu l'interpelle par son prénom est pour lui montrer qu'Il le connaît !

Quand Dieu nous envoie des signes, il faut se rappeler qu'Il nous connaît...
Quand Musa est appelé par Dieu nommément, c'est pour l'interpeller complètement, attirer toute son attention. Lorsque l’Ange Jibrîl serre fort dans ses bras le Prophète Muhammad (paix et bénédictions de Dieu sur lui) lors de la première révélation du Coran, c'est aussi – peut-être – pour le secouer, pour qu'il rassemble tout son esprit, toute son attention. D'ailleurs, le mot « iqra », qui est traduit par « lis » ne veut pas forcément dire lire. La racine arabe « qa-ra-'a » renvoie à l'idée de rassembler : Dieu lui demande de rassembler tout son être !

Pour interpeller le prophète Moussa, Dieu l'isole de sa famille : Moussa est seul. Cela nous montre, dans notre relation avec Dieu, l'importance de l'isolement. Dans l'islam, cela est concrétisé par l'i'tikâf (la retraite spirituelle), mais également la prière nocturne (qiyam al layl). Notre Prophète se retirait aussi de la société la période précédant la Révélation. L'isolement n'est pas le but recherché, c'est un moyen de nous rapprocher de Dieu. Et cela s'avère parfois nécessaire de s'isoler, pour un temps, avec Dieu.

« Je suis ton Seigneur » (Coran, 20:12)

Le mot « rabb » renvoie à l'idée d'éduquer : amener quelqu'un à son état le plus parfait, de façon progressive.
Dieu l'a choisi pour l'éduquer, le protéger. C'est une façon de le rassurer, de l'apaiser. Nous retrouvons également ce procédé dans la mission du Prophète (dans la sourate Ad-Douha par exemple). Ces similitudes nous montrent que le message de ces deux prophètes vient de la même source : Dieu. Dieu rassure Moussa avant que ce dernier n'aille à la rencontre de Pharaon.

« Enlève tes sandales »

Le fait que Dieu demande à Moussa d’enlever ses sandales peut renvoyer à l’humilité,  à la sacralité du lieu, au fait qu’il soit à l'aise, qu’il doit tout oublier etc.

En résumé, la rencontre avec Dieu demande des règles particulières.
La sacralité du lieu vient du fait que Dieu parle à Moussa en ce lieu ! Cette sacralité est également présente dans le récit de Maryam, qui est dans le mihrâb. Zakariya qui est témoin d'une scène extraordinaire (Maryam reçoit de la nourriture de la part de Dieu) comprend que ce lieu est sacré et automatiquement il invoque Dieu et Dieu l’exauce !

« Moi, Je t'ai choisi » (Coran, 20 : 13)

Le choix de Dieu montre que c'est un bienfait. Pour Moussa, cela signifie qu'il reçoit une information dont l'objectif est de le révéler à lui-même : c'est à dire qu'il prenne conscience de ce qu'il est !
Dans notre relation avec Dieu, si nous ne faisons pas ce travail, de savoir qui nous sommes et où nous en sommes, nous pouvons passer à côté de Ses signes ! En effet, pour s'améliorer, il faut savoir de quel point nous partons.

« Écoute donc ce qui va être révélé »

Le signe peut parfois nous détourner : si nous restons concentrés sur le signe et non sur Celui qui l'a envoyé ! Dieu renouvelle cette interpellation, afin que Moussa ne soit pas ébloui par le signe et qu'il reste bien concentré sur Dieu.
Dans notre cheminement, nous devons également faire attention à ne pas être éblouis par les signes et en arriver à oublier l’objectif de ces signes, qui est de nous amener vers Dieu.

« Certes, c'est Moi Allah : point de divinité que Moi. Adore-Moi donc et accomplis la Salat pour le souvenir de Moi. » (Coran, 20 : 14)

Le Nom utilisé n'est plus Rabb mais Allah : car une fois que Sa puissance a été démontrée, cela implique que Dieu mérite d'être adoré. Une fois qu'il y a cette reconnaissance de Dieu, tout ce qui n'est pas Dieu doit disparaître de notre cœur.
Dieu demande à Musa de L'adorer, puis Il cite la salat. Car ce moyen a un rôle particulier. « Adore-Moi » aurait suffit, mais Dieu a ajouté un moyen pour L'adorer, car on n'adore pas Dieu comme nous le voulons, mais comme Lui le veut !
« Aqimis-salât » : la prière reste la grande porte vers Dieu. Elle regroupe en effet toutes les meilleures formes de dhikr (rappel de Dieu) : lecture du Coran (debout), du'as (sujud), tasbih, takbir etc. Elle nous entraîne aussi à nous concentrer (al khushu').

« Ne te laisse pas détourner » (Coran, 20 : 16)

De quoi Moussa ne doit-il pas se laisser détourner ? De l'Heure (du Jugement Dernier), mais aussi de Dieu.
Dans notre cheminement vers Dieu, nous risquons d'être détournés par l'incroyance et le fait de suivre ses passions. Ainsi faudra-t-il rester vigilant sur ces deux points dans notre cheminement.

« Et qu'est-ce qu'il y a dans ta main droite, ô Moïse ? » (Coran, 20 : 17)

Dieu va lui montrer des miracles. Cet échange entre Dieu et Moussa est argumenté, afin de montrer à ce dernier la véracité et la réalité du Message Divin.

« Il dit : "C'est mon bâton sur lequel je m'appuie, qui me sert à effeuiller (les arbres) pour mes moutons et j'en fais d'autres usages". » (Coran, 20 : 18)

Moussa aurait pu simplement nommer l'objet qu'il tient dans la main : son bâton. Or, la réponse est plus longue. Il sait pourtant que Dieu sait qu'il a un bâton dans ses mains, mais il essaie de donner tous les éléments qui peuvent avoir une importance selon lui.
Nous pouvons aussi penser qu’il souhaite prolonger cette conversation avec Allah ! Dans notre relation avec Allah : avons-nous une conversation intime avec Lui ? Lui exprimons-nous notre for intérieur, même s'Il le connaît ? Il faut se confier à Dieu à tout instant, pour toutes les situations de la vie…Le dhikr est le rappel permanent de Dieu dans le cœur du croyant.

Quand nous prenons conscience de toutes ces étapes, nous vivons un véritable bouleversement qui risque de provoquer des changements avec notre entourage etc.

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